Une journée avec la communauté Ars-en-Ciel

Une fois par mois, depuis sept ans, Bruno partage un après-midi avec sa communauté Foi & Lumière d’Ars-en-Ciel, à Ars. Impulsé, en 1971, par Marie-Hélène Mathieu qui a fondé l’Office chrétien des personnes handicapées (OCH), le mouvement s’est constitué autour de personnes ayant un handicap mental. « Ces personnes handicapées m’ont touché par leur simplicité à être joyeuses, à aller vers les autres, confie cet horticulteur. J’ai toujours eu cette fibre pour les exclus. Petit, j’allais vers les personnes à l’écart, les rejetés de la classe, un SDF, les gens du voyage… Je vis profondément la marginalisation qu’ils subissent. »

Article paru dans le Magnificat N° 352 de mars 2022

Réconfort et soutien

Ceux qui le peuvent partagent un pique-nique tiré du sac et décorent la salle paroissiale avant les retrouvailles. La réunion débute par un petit tour de météo : chacun partage ce qu’il a sur le coeur, donne les nouvelles du mois. Un tableau circule avec des dessins : soleil, nuage, orage, etc. « Ce support aide à exprimer ce que l’on ressent intérieurement et que l’on peine parfois à exprimer. » Même un jeune qui présente des difficultés d’élocution peut montrer du doigt l’image correspondant à son ressenti, et ainsi être reconnu dans son vécu. Un lieu d’expression également pour les parents, ces proches aidants qui trouvent ici réconfort et soutien. Une communauté compte vingt à trente personnes, dont des « amis », comme sont appelés les bénévoles venus partager cette aventure, à l’instar de Bruno.
Ici se côtoient différents types de maladie ou de handicap. « J’ai tout de suite accroché avec Paul, un autiste de 22 ans qui n’arrête pas de parler, d’une profonde gentillesse. » Bruno apprécie aussi la diversité des profils, des âges. « Nous ne nous serions sans doute pas choisis naturellement, jugeant celui-ci trop rigide, celle-là trop catho, trop ceci ou trop cela… Pourtant, chacun trouve sa place ici. C’est vraiment le Christ qui nous réunit. » Comme dans une famille où l’on ne se choisit pas, les membres de la communauté apprennent à s’aimer, jusque dans leurs pauvretés, à grandir ensemble. « Il y a des accompagnants et des accompagnés, mais avec le temps, on ne sait plus qui porte qui, s’amuse Bruno. Si l’on accepte de ne pas s’arrêter à son malaise ou à sa timidité, le handicap nous révèle une grâce de complétude : nous sommes tous nécessaires et dépendants les uns des autres. » Lui-même a fait l’expérience de sa vulnérabilité, il y a sept ans, à travers la maladie de Lyme qui l’a épuisé pendant une année, jusqu’à être alité, incapable de parler ni de lire.

Vivre l’instant présent

« Ces porteurs de handicap nous révèlent le cadeau qu’est le temps présent, nous qui sommes parfois tentés de vivre dans le passé ou de nous inquiéter du lendemain. » Une urgence, à l’heure d’Internet et des réseaux sociaux qui nous déconnectent de la réalité. Les chants rythment l’après-midi. Le carnet de route de Foi & Lumière développe un thème par réunion, tel « Fais de nous des instruments de paix et d’unité ». Il est préparé chaque année par un pays différent. Car l’association compte désormais plus de mille quatre cents communautés à travers le monde. Un Évangile est donné à méditer, à mimer, à partager. L’occasion d’entendre des personnes dont l’avis est rarement pris en compte. Ce temps s’achève par une activité manuelle – coloriage, bricolage, etc. Une prière rassemble tout le monde et permet de déposer des intentions, une joie, une difficulté… Puis chacun prononce la prière du pauvre, une prière toute simple qui change chaque mois, par exemple : « Jésus, je te rends grâce de faire partie de cette communauté. Nous avons tous besoin les uns des autres. » Si la personne ne peut parler, son voisin la dit pour elle, une main posée sur son épaule. «Nos amis les handicapés sont parfois des surdoués de la vie spirituelle », relève Bruno qui lui-même a retrouvé le chemin de l’Église. Il a accepté de devenir l’accompagnateur de Paul au quotidien, afin de tenter d’entrer dans son monde et le sortir de sa bulle. Un jour, lors du Notre Père, le jeune lui a serré la main après « comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés » et a demandé à brûlepourpoint : « Je t’ai offensé, Bruno ? » « Il m’a bouleversé par sa délicatesse de coeur. » Point d’orgue de la rencontre : les anniversaires du mois sont célébrés, bougies, gâteaux, chant et petit cadeau à la clé. La joie éclate ! Joie de témoigner son affection et de recevoir des attentions, joie d’être aimé tel que l’on est.

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